jeudi 8 septembre 2011

L'eau

Tu m'hypnotises
avec le balancier de tes hanches
qui voguent et tanguent
comme des ondulations de rivière.
Elles invitent, puis emportent et chavirent,
arrachent le blanc de ma chemise
et cimentent mes tremblements.
J'aimerais t'enlacer au tapis de boue
et faire hurler tes membres de joie,
regarder s'ouvrir les torrents de ta peau
en te barbouillant de mouvements,
mais je ne sais pas nager
et tu ne sais pas t'arrêter
de couler.

dimanche 7 août 2011

Enivrez-vous

Il faut être toujours ivre.
Tout est là:
c'est l'unique question.
Pour ne pas sentir
l'horrible fardeau du Temps
qui brise vos épaules
et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi?
De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise.
Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois,
sur les marches d'un palais,
sur l'herbe verte d'un fossé,
dans la solitude morne de votre chambre,
vous vous réveillez,
l'ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent,
à la vague,
à l'étoile,
à l'oiseau,
à l'horloge,
à tout ce qui fuit,
à tout ce qui gémit,
à tout ce qui roule,
à tout ce qui chante,
à tout ce qui parle,
demandez quelle heure il est;
et le vent,
la vague,
l'étoile,
l'oiseau,
l'horloge,
vous répondront:
"Il est l'heure de s'enivrer!
Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous;
enivrez-vous sans cesse!
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Baudelaire

dimanche 17 juillet 2011

Torsion

Je te veux chaque jour un peu plus fort
Sur les tables et leurs chaises
Ou dans tous les lits qu'on croisera
Peu importe où on ira s'échouer
Je voudrai sans cesse un peu plus fort
Te baiser pour que tu restes
Faire l'amour pour qu'on y croit
Et te faire jouir parce que je le fais bien
C'est ce que je veux voir dans tes yeux
Que jamais je n'oserai dessiner
De peur de n'y voir que des traits
Que tu me souffles ta fumée au visage
Et que le papier déchire avant nous

samedi 18 juin 2011

Tourisme

Je regarde ta main, à plat sur un bureau désordonné.
Et l'autre quintette de doigts, qui s'affaire sur un soulier.
Tu me racontes une histoire.
J'entend tout, comprend malgré tout.
Mais il y a surtout tes lèvres.
Les muscles de ta bouche.
Ces atomes qui s'entrechoquent.
Qui sont là, dansant dans les détails de ton visage.
Il y a mes yeux qui s'y glissent.
Mes cheveux qui fondent dans l'oreiller.
Tes draps qui sentent le sexe.
Et toi, qui me raconte une histoire.

mercredi 15 décembre 2010

"Good Karma"

Tout à l'heure, au Métro, j'ai failli foncer dans un scène trop insensée pour être vraie.

Un sans-abri dormait, face contre carrelage beige, avec son panier au fond duquel était écrit "Good karma". J'ai d'abord pensé à tout ce qu'il n'avait jamais fait pour se le bâtir lui-même, son karma de merde. Ensuite, j'ai figé.

Une femme se trouvait à quelque mètres devant lui (et moi), dossard, bandeau et dossiers à l'effigie d'une énième ONG en mission dans un énième pays en perdition. J'ai vu les gens enjamber le pauvre homme sans visage pour signer une pétition ou liste à peine lue, qui aura du moins l'avantage de leur donner un sentiment de bon-samaritanisme totalement spontané. De quoi se flatter la conscience pour au moins deux mois.

Tout sauf la tristesse m'est venu, comme si j'avais enfin compris quelque chose. Ou peut-être que non, peut-être ai-je seulement aimé m'être fait démontrer, une fois de plus, ce qui cloche dans la vie.